Le wingfoil donne souvent l'impression d'être tombé du ciel en 2020, en plein confinement. Une aile gonflable tenue à la main, une planche à foil sous les pieds, et soudain les plans d'eau se sont couverts de voiles colorées vues nulle part jusque-là. La réalité est moins romantique : l'idée a plus de quarante ans, elle est née dans un coin de Bretagne, puis a été abandonnée, ressuscitée, abandonnée encore. Il aura fallu trois inventions parallèles et la maturité d'une quatrième pour que le sport sorte enfin de l'ombre.
1982, Carnac : Roland Le Bail brevette la « Bird Sail »

Le premier vrai ancêtre du wing naît en 1982 sous le bras d'un informaticien breton, Roland Le Bail, à Carnac. Windsurfeur de l'époque héroïque, il observe les goélands jouer avec le vent au-dessus de la baie de Quiberon et finit par imaginer une aile sans mât ni gréement, tenue à bout de bras, qui permettrait de glisser comme l'oiseau plane. Il dépose un brevet la même année sous le nom de « Bird Sail ».
Le prototype circule jusqu'à Hawaï où Robby Naish et Pete Cabrinha, deux des plus grandes signatures du windsurf mondial, l'essaient avec un intérêt poli. Mais le windsurf est alors en plein âge d'or : aile rigide, mât carbone, sail design en pleine effervescence. Une aile à main sans planche capable de réellement glisser n'a aucun débouché commercial. Le brevet de Le Bail s'éteint dans le silence.
Tom Magruder et la « Wind Weapon » : même intuition outre-Atlantique
À peu près à la même époque, aux États-Unis, Tom Magruder développe la « Wind Weapon », concept proche mais avec un mât articulé qui fait varier l'angle de l'aile. Le projet est repris dans les années 1990 par Ullman Windsports, sans davantage de succès. Là encore, jolie idée, marché inexistant : la pratique restera confidentielle pendant trente ans.
Deux pionniers, deux continents, une même intuition trop précoce. Ce qui manque à l'époque, c'est l'objet sous les pieds.
Le chaînon manquant : le foil
Pendant trois décennies, l'idée hiberne. Le windsurf domine, puis le kitesurf prend le pouvoir au tournant des années 2000. Personne ne touche plus à l'aile à main. Jusqu'à ce qu'un troisième sport, lentement, atteigne sa maturité technique : le foil.
Le foil moderne, dérivé des travaux d'Alain Thébault sur l'Hydroptère dans les années 1990, descend sur les planches de surf grâce à Laird Hamilton, puis sur le kite grâce à la scène française du speed crossing, Alex Caizergues en tête. À la fin des années 2010, le foil est partout : il fait voler les SUP, les windfoils, les kitefoils. C'est exactement ce qu'il manquait à l'aile bretonne, un objet capable de quitter l'eau au moindre souffle, ce qui change radicalement l'équation énergétique d'une aile à main.
Le retour de Tony Logosz et la naissance du Slingwing
Premier à comprendre ce que le foil change : Tony Logosz, fondateur de Slingshot. Dès le début des années 2010, il bricole un prototype d'aile gonflable destinée à propulser un stand-up paddle. L'objet s'appelle Slingwing. Le marché n'est pas prêt, le foil n'est pas encore démocratisé, le projet est mis en pause.
En 2015, Logosz reprend le dossier, mais cette fois il associe son aile à une planche à foil. Le résultat est immédiat : à 10 nœuds, la planche décolle, et l'aile devient suffisante. Quelques rideurs hawaïens, dont l'inévitable Kai Lenny, testent en parallèle des combinaisons similaires sur la North Shore de Maui. Les premières images circulent, courtes, virales, intrigantes. La scène mondiale commence à comprendre ce qui se passe.
Mars 2019 : l'année zéro du wingfoil moderne
L'industrie suit, et très vite. En mars 2019, la marque Duotone (héritière de North Sails) lance la première production industrielle d'une aile dédiée, la Foil Wing. Slingshot industrialise son Slingwing dans la foulée. Robby Naish, prévenu par son flair de quarante ans de glisse, sort la Wing Surfer la même année. F-One, Takuma et Ozone embrayent à l'automne 2019.
En quelques mois, le matériel atteint un niveau de maturité que personne n'attendait : ailes gonflables ultralégères, boudin de bordure rigide, fenêtre transparente, poignées ergonomiques, valves haute pression. Côté planche, les shapes raccourcissent, gagnent en volume, intègrent des inserts foil de série. Tout est en place.
Été 2020 : l'explosion confinée
Reste l'étincelle. Elle viendra du COVID. Au printemps 2020, le monde se confine. Les plages rouvrent en juin, mais voyager devient impossible. Or le wingfoil a une qualité qu'aucune autre discipline ne possède au même degré : il s'apprend seul, sans école, sur n'importe quel plan d'eau, avec un matériel qui tient dans le coffre d'une citadine. Les windsurfeurs vieillissants y voient la promesse d'une glisse sans transport pénible. Les kiteurs y trouvent une alternative quand la fenêtre de vent est trop molle. Les surfeurs y gagnent un terrain de jeu quand la houle est plate.
Été 2020, la bascule a lieu. Sur les spots français comme l'Almanarre, la Nartelle ou le Pointeau à Saint-Brevin, les ailes gonflables fleurissent d'un week-end à l'autre. Les boutiques sont en rupture de stock. Les écoles improvisent des stages spécifiques. Les marques doublent leurs cadences. Selon la Fédération française de voile, le nombre de licenciés wingfoil aura été multiplié par plus de dix entre 2019 et 2023.
Pourquoi le wingfoil a tout changé
Le succès du wing tient à trois ingrédients que ni le windsurf ni le kitesurf ne réunissaient ensemble. D'abord, la simplicité logistique : pas de gréement à monter, pas de lignes à démêler, vingt minutes entre la voiture et l'eau. Ensuite, la marge de progression : le foil offre une courbe d'apprentissage longue, addictive, qui ne plafonne presque jamais. Enfin, la plage de vent : on peut sortir entre 10 et 30 nœuds avec deux tailles d'aile, là où le windsurf en demande quatre et le kite trois.
Le débat fait rage entre puristes : le wing tuera-t-il le kite ? Pas vraiment. Mais il a redessiné la carte. Beaucoup de pratiquants alternent désormais selon les conditions. Pour comprendre comment choisir entre les deux quand on débute, on a publié un comparatif détaillé sur wing foil ou kitesurf en 2026.
Et maintenant ?
Le sport entre dans sa phase de maturité. Les ailes ont gagné en finesse (les modèles 2026 sont environ 30 % plus rigides qu'en 2020 à poids égal). Les planches se sont spécialisées par discipline : freeride, freestyle, downwind, vague, race. Et une branche nouvelle pousse déjà sur le tronc, le parawing, une voile à bridles courts sans boudin gonflable, que toutes les grandes marques ont mise à leur catalogue entre fin 2024 et 2026. Le wingfoil a fait ses débuts aux World Games 2025 et candidate sérieusement aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Les communautés s'organisent, avec des outils comme Flyrider qui connectent les rideurs entre eux et cartographient les spots wing en temps réel.
Quarante-trois ans après le brevet de Roland Le Bail, l'aile bretonne a fini par trouver son public. Il aura juste fallu inventer le foil, attendre que le monde se confine et qu'une génération de rideurs cherche autre chose qu'un mât. Le hasard fait parfois bien les choses, mais en wingfoil, il a pris son temps.
Vous nous demandez souvent.
Qui a vraiment inventé le wingfoil ?
En quelle année le wingfoil a-t-il vraiment décollé ?
Pourquoi le wingfoil a-t-il mis si longtemps à émerger ?
Qu'est-ce que la « Bird Sail » de Roland Le Bail ?
Le wingfoil va-t-il remplacer le kitesurf ?
Quel matériel pour débuter en wingfoil aujourd'hui ?
Quel est le rôle de Kai Lenny dans l'histoire du wingfoil ?
Le wingfoil sera-t-il aux Jeux olympiques ?
Dernière mise à jour le 19 mai 2026
Sources
Discussion
Commentaires
Réagissez à cet article. Les commentaires sont modérés avant publication.
Sois le premier à commenter cet article.