Septembre est le mois où le kitesurf change d'année. Les marques annoncent, les forums s'enflamment, et les revendeurs commencent à parler de « nouvelle génération » avant même que quiconque ait posé les mains sur une barre.
Nous avons pris le problème par l'autre bout : plutôt que de relayer des communiqués, nous sommes allés compter sur les boutiques officielles des marques, le 12 août 2026, ce qui existe vraiment, puis nous y sommes retournés le 19 août, quand Duotone a bougé. Le résultat est plus intéressant que la liste des nouveautés.
1. Ce qui porte réellement le millésime 2027
Chez North, la boutique officielle affiche huit ailes. Une seule est datée 2027 : l'Orbit, signalée « New ». La Reach, la Carve, et l'Orbit de l'an dernier sont toujours étiquetées 2026 et toujours en vente.
Chez Slingshot, il n'y a aucun millésime. La page kite de la marque range ses modèles par usage, du New School Big Air au Wave Mastery, et les identifie par leur version : Code NXT V2, Machine V3, Ghost V4, ERA. Les deux dernières portent la mention « New ». Nulle part on ne lit 2027.
Chez Eleveight, même chose. Le site de la marque liste WS V10, RS+ V4, RS V10, Stratos+, RS Pro V2, FS V8, OS V6 et PS V10 du côté kite, Chute, GT4+, WFS V7 et WFS Pro V2 du côté wing. Aucune année nulle part. Le « 2027 » que tu vois chez certains revendeurs est une étiquette de distributeur, pas de fabricant.
Chez Duotone, qui date encore ses gammes, le relevé du 12 août ne trouvait rien : tout le catalogue était en 2026. La marque a basculé depuis, et en avance sur son propre calendrier. Le 19 août 2026, sa boutique affiche quatre références 2027, dont un seul kite de série : l'Evo D/LAB, à 2 599 euros, en huit tailles de 6 à 13 mètres. Les trois autres forment une capsule Porsche, une Evo SLS et deux packs. Les douze autres kites du catalogue, de la Dice SLS à la Vegas, restent étiquetés 2026. La collection 2026 avait été lancée le 24 septembre 2025 : Duotone a pris plus d'un mois d'avance.
Le tableau au 12 août 2026 est donc celui-ci :
| Marque | Millésime affiché | Ce qui est signalé comme nouveau |
|---|---|---|
| North | 2027 sur une aile, 2026 sur le reste | Orbit 2027 |
| Slingshot | aucun | Machine V3, Ghost V4 |
| Eleveight | aucun | Stratos+, RS V10 |
| Duotone | 2026 | rien au 12 août, l'Evo D/LAB 2027 arrivée le 19 |
2. Le numéro de version est souvent un millésime déguisé
Il serait tentant d'en conclure que les marques qui numérotent ont renoncé au rythme annuel. C'est faux, et il faut le dire tout de suite.
Prends la RS d'Eleveight, le modèle historique de la marque. Chez les revendeurs, la séquence est limpide : RS V7 en 2024, V8 en 2025, V9 en 2026, V10 en 2027. Une version par an, exactement comme un millésime. Même chose sur la RS+, dont notre essai de la V4 décrit la génération suivant la V3. Le V et le chiffre remplacent l'année, ils ne la suppriment pas.
Ozone numérote aussi, l'Edge en étant à sa treizième version, et Slingshot également, avec la Machine V3 et la Ghost V4.
Alors où est la différence, si les deux systèmes avancent au même rythme ? Elle est ailleurs, et elle est plus intéressante : dans ce que le numéro identifie.
Une année est un repère commercial, et il est instable. La même aile, la RS+ V4, est présentée comme du catalogue 2026 dans notre propre essai publié cet été, et comme un modèle 2027 par des revendeurs américains. Le numéro de version, lui, ne bouge pas d'un marché à l'autre : une RS+ V4 est une RS+ V4 partout. C'est la seule référence stable pour savoir ce que tu achètes, en neuf comme en occasion.
Concrètement, devant une annonce, la question n'est donc pas « c'est la nouvelle ? », ni même « année ou version ? ». C'est : est-ce que la marque nomme ce qui a changé ?
3. Deux cas d'école : l'Orbit 2027 et l'Evo D/LAB 2027
L'Orbit est l'aile la plus attendue de la rentrée, et sa fiche officielle est un modèle d'honnêteté qu'il faut savoir lire.
North écrit que le 2027 reprend les performances du modèle précédent en y ajoutant une meilleure efficacité aérodynamique. Les deux évolutions citées nommément sont une géométrie de bridage mise à jour et un profil de cambrure avant affiné. L'armature reste la N-Max2 Pro, le bridage reste un 5 points, la gamme couvre de 6 à 14 mètres.
Autrement dit : ce n'est pas une nouvelle aile, c'est un réglage de bridage et un profil retouché sur une aile qui marchait déjà. Ce n'est pas un reproche, c'est même plutôt sain. Mais ça se paie.
Sur la boutique de North, le 12 août 2026, l'Orbit 2027 est affiché entre 1 879 et 2 119 euros selon la finition, quand l'Orbit 2026, toujours en vente sur la même page, est à 1 649 euros. Deux à quatre cents euros pour un bridage et un profil.
Le second cas est arrivé pendant que nous écrivions, et il se lit avec la même grille. L'Evo D/LAB 2027 de Duotone nomme ce qui change : une armature Aluula D/TX, trois lattes, que la marque présente comme développée avec le fabricant du tissu. C'est le seul élément de la fiche à porter la mention « nouveau ». Sur notre deuxième question, Duotone répond, et clairement.
Le piège est ailleurs, et il est plus instructif. Plusieurs revendeurs présentent la toile MOD 3S, sa triple résistance à la déchirure et son étirement réduit, comme la nouveauté du millésime. Nous avons comparé les deux fiches officielles : ce texte figure déjà sur celle de l'Evo D/LAB 2026, mot pour mot. Ce n'est pas une évolution, c'est un argument reconduit. Une même page peut donc nommer une vraie nouveauté et en habiller une ancienne, ce qui interdit de juger une annonce au vocabulaire qu'elle emploie.
Reste la troisième question, celle du millésime précédent, et elle ne se pose pas ici comme chez North : l'Evo D/LAB 2026 est affichée en rupture sur la boutique française, sans tarif visible. Il n'y a pas d'arbitrage à faire, faute de millésime précédent encore en vente. À 2 599 euros, la 2027 est le seul prix que Duotone affiche sur ce modèle.
Voilà le raisonnement qui vaut pour toute la rentrée : si tu ne sais pas nommer ce qui a physiquement changé, tu paies le sticker. Et si tu sais le nommer, tu peux encore décider que ça ne vaut pas la différence. Notre checklist d'achat d'une aile d'occasion s'applique mot pour mot au millésime précédent d'une aile neuve.
4. Aluula : six ans après, où en est-on vraiment
C'était la promesse de rupture de la décennie. Le point d'étape mérite d'être fait, et il est ambivalent.
Le fabricant canadien le dit lui-même sur son site : c'est en 2020 qu'il est entré dans le kite, et ses tissus ont permis de réduire le poids d'une aile jusqu'à 50 % dans certains cas. Le matériau est un mono-polymère, du polyéthylène à 100 %, dont les fibres sont fusionnées au niveau moléculaire sans aucune colle. D'où trois propriétés que les marques mettent rarement en avant et qui sont les plus intéressantes : pas de délaminage possible, puisqu'il n'y a rien à décoller, une réparation possible sur place au moyen de patchs thermocollants, et un tissu recyclable parce qu'il est fait d'une seule substance.
Maintenant, l'état de diffusion. La liste des ailes en Aluula publiée par le fabricant est longue et couvre presque toutes les grandes marques : Airush, Duotone, Slingshot, North, Cabrinha, Naish, Eleveight, Core, Ozone.
Sauf qu'en regardant les noms, on voit autre chose. Ce sont toutes des ailes de haut de gamme : Neo D/LAB chez Duotone, Code NXT chez Slingshot, Orbit Ultra chez North, Moto X Design Works chez Cabrinha, NVision chez Naish, XS Pro chez Eleveight, Pace Pro et XR Pro chez Core, Vortex Ultra X chez Ozone.
L'Aluula s'est donc diffusé horizontalement, d'une marque à l'autre, mais pas verticalement, du haut vers le bas des gammes. Six ans après son arrivée, il reste le marqueur du modèle vitrine, pas le standard.
L'ordre de grandeur du surcoût se lit sur la boutique de Slingshot, qui vend les deux dans la même page : le Code NXT V2, à armature Aluula Gold, est à 2 690 dollars, quand la Machine V3 est à 1 719 et la Ghost V4 à 1 209. Le tissu ne fait pas seul cet écart, mais il en est le principal moteur.
Notre avis, à ce stade : l'argument du poids intéresse surtout le light wind et le freestyle de haut niveau, alors que l'argument de la durabilité et de la réparabilité concerne tout le monde, et c'est celui dont on parle le moins.
5. Trois questions pour trier n'importe quelle annonce
C'est la méthode, et elle tient en trois lignes que tu peux appliquer à un communiqué en trente secondes.
Nouveau modèle ou nouvelle génération d'un modèle existant ? Un nom qui apparaît pour la première fois mérite qu'on s'y arrête. Un chiffre qui s'incrémente, année ou version, demande la question suivante.
Qu'est-ce qui a physiquement changé ? Bridage, nombre de lattes, matière de l'armature, profil, forme des oreilles, diamètre du bord d'attaque, valve. Si la page produit ne nomme aucune de ces choses, il n'y a probablement rien à nommer. C'est le seul critère qui sépare vraiment les annonces, et il est indépendant du système de numérotation : North nomme son bridage revu et son profil affiné, Eleveight nomme, d'une RS+ V3 à une V4, une géométrie de bridage plus directe, des oreilles redessinées, un allongement réduit et une nouvelle valve.
Le millésime précédent est-il encore en vente, et à combien ? C'est la question la plus rentable des trois. Chez North, elle vaut aujourd'hui deux à quatre cents euros.
Et une quatrième, gratuite : est-ce que quelqu'un d'indépendant l'a essayée ? En septembre, la réponse est presque toujours non.
6. Ce qu'on attend encore, et ce qu'on a déjà en main
Le gros des annonces tombera entre fin septembre et novembre. Duotone n'a pas attendu : sa première aile 2027 était en ligne le 19 août, quand son calendrier de l'an dernier laissait attendre fin septembre. Nous compléterons cet article au fil des sorties.
En attendant, deux choses sont déjà chez nous. Nous avons publié un essai de l'Eleveight RS+ V4, l'aile ultralégère de la marque, avec sa limite affichée : elle n'a été testée qu'entre 11 et 14 nœuds, et le haut de sa plage reste à documenter. Et nous avons regardé en détail la Duotone SKYBRID D/LAB 2027, qui est une planche de wing et de parawing, la discipline dont nous avons raconté l'apparition cette année.
7. Ce que cet article n'est pas
Ce n'est pas un test. Tout ce qui est écrit ci-dessus provient des pages officielles des marques et de leurs boutiques, consultées le 12 août 2026, et le 19 août pour Duotone. Une annonce reste un argument commercial jusqu'à ce que quelqu'un vole avec.
Ce n'est pas non plus un classement. Nous ne dirons pas qu'une Orbit 2027 est meilleure qu'une Machine V3 sans les avoir eues dans les mains, et personne d'autre ne devrait le faire non plus en septembre.
Enfin, les prix cités sont ceux affichés par les marques à cette date, dans leur monnaie, hors promotion et hors barre. Ils bougent.
Vous nous demandez souvent.
Quelles ailes 2027 sont déjà annoncées ?
Pourquoi certaines marques ne datent-elles plus leurs ailes ?
Qu'est-ce qui change sur l'Orbit 2027 ?
Faut-il acheter le millésime en cours ou le précédent ?
L'Aluula s'est-il généralisé ?
Combien coûte l'Aluula ?
Quel est le vrai intérêt de l'Aluula ?
Comment savoir si une nouveauté en vaut la peine ?
Sources
- North Kiteboarding, boutique officielle, page des ailes, consultée le 12 août 2026
- North Kiteboarding, fiche officielle de l'Orbit 2027
- Slingshot Sports, page kite officielle
- Eleveight, site officiel de la marque
- Ozone Kites, gamme officielle et numérotation des versions
- Duotone Sports, gamme officielle
- Aluula Composites, page Windsports et liste des ailes partenaires
- Aluula Composites, page Technology, composition et propriétés du matériau
- Eleveight, fiche officielle de la RS V10
- Séquence des millésimes de la RS chez les revendeurs, citée comme preuve de la convention d'étiquetage et non comme annonce : RS V9 en 2026 chez MACkite
- RS V8 en 2025 et RS V10 en 2027 chez Green Hat Kiteboarding
- Couverture : Vyacheslav Argenberg, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)
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