Sur la façade atlantique, la question du samedi matin porte autant sur l'heure que sur le nombre de nœuds. La réponse ne se lit pas sur la même application.
Sur nos 69 fiches spots françaises publiées, 53 sont soumises à la marée et 16 y échappent, toutes en Méditerranée. Trois spots sur quatre.
Un coefficient compare deux marées, il ne donne pas une hauteur d'eau
« Il y a 95, ça va être énorme » se dit sur toutes les plages de l'Atlantique. Le chiffre ne dit pas ça.
Le coefficient de maréeUn nombre de 20 à 120 qui dit l’ampleur de la marée du jour. Au-dessus de 90, c’est une grande marée. est une invention française, due à Laplace, et le Service hydrographique et océanographique de la marine le note d'emblée dans sa fiche technique : la notion n'est guère utilisée hors de France.
Le coefficient compare le marnageL’écart de hauteur d’eau entre la pleine mer et la basse mer. du jour, c'est-à-dire l'écart entre la pleine mer et la basse mer, à un marnage de référence. C'est un rapport, et non une hauteur d'eau. Par convention, on attribue le coefficient 100 au marnage moyen des vives-eauxLes grandes marées, quand la mer descend et remonte le plus. qui suivent la syzygie d'équinoxe, autrement dit aux grandes marées de l'équinoxe.
Les valeurs admises vont de 20 à 120, et le SHOM en donne la lecture :
| Coefficient | Type de marée |
|---|---|
| 20 | morte-eau extrême |
| 45 | morte-eau moyenne |
| moins de 70 | morte-eau |
| plus de 70 | vive-eau |
| 95 | vive-eau moyenne |
| 120 | vive-eau extrême |
Retiens le seuil de 70, qui sépare les mortes-eauxLes petites marées, quand la mer bouge peu entre haute et basse., les petites marées, des vives-eaux, les grandes. Et la valeur 95, qui est une grande marée ordinaire et non un événement.
Un seul coefficient pour toute la France, et c'est celui de Brest
Le coefficient est calculé pour Brest uniquement. Le SHOM l'écrit noir sur blanc, et explique que son succès en France vient de la précision de la valeur brestoise, qu'on applique donc à toutes les côtes de France métropolitaine.
Conséquence immédiate : le coefficient te dit quel jour l'amplitude sera forte, il ne te dit pas combien d'eau tu auras sous les pieds. Le même 95 donne des choses très différentes selon l'endroit.
À Brest, le marnage de référence est d'environ 6,1 mètres à coefficient 100.
Dans la baie du Mont-Saint-Michel, un article de Planet-Terre publié par l'ENS de Lyon indique plus de 12 mètres de marnage pour un coefficient 95, un marnage moyen de 10 mètres et des maxima théoriques au-delà de 14. La même source résume la chose d'une phrase : à coefficient égal, le marnage est deux fois plus faible à Brest qu'au Mont-Saint-Michel.
Sur la façade méditerranéenne, l'amplitude se compte en dizaines de centimètres. C'est pourquoi nos fiches du Jaï ou de Beauduc ne parlent jamais de marée.
Le SHOM classe d'ailleurs les côtes selon leur marnage : microtidal en dessous de 2 mètres, mésotidal entre 2 et 4, macrotidal au-delà de 4. La France a les trois sur son littoral.
Le coefficient sert à choisir sa journée, la table de marée du port le plus proche sert à choisir son heure. Les deux ne sont pas interchangeables.
Prends la table du port le plus proche, jamais l'heure de Brest
Le SHOM avertit dans la même page qu'il faut tenir compte du décalage horaire entre la pleine mer de Brest et celle du port concerné.
Entre la Bretagne nord et la Charente, l'onde de marée met plusieurs heures à remonter le golfe de Gascogne et la Manche. Lire l'heure de Brest et se présenter à cette heure-là sur une plage vendéenne, c'est arriver à côté de sa fenêtre.
Prends toujours la table du port de référence le plus proche de ton spot, pas le coefficient national, et vérifie l'écart entre ce port et ta plage, qui peut lui-même atteindre une demi-heure dans une baie.
Deuxième repère utile, que le SHOM signale et que beaucoup ignorent : les plus grandes marées ont un à deux jours de retard sur la pleine ou la nouvelle lune, à cause de l'inertie des masses d'eau. Le jour de la pleine lune n'est pas le jour du plus fort coefficient.
La moitié de l'eau monte ou descend en deux heures
C'est le seul calcul de tête utile sur une plage, et il est vieux comme la marine.
Sur une marée de six heures, la hauteur d'eau ne varie pas de façon régulière. Elle se répartit ainsi, heure par heure : un douzième, deux douzièmes, trois douzièmes, trois douzièmes, deux douzièmes, un douzième.
La mer ne bouge presque pas pendant l'heure qui encadre l'étale, le moment où elle s'arrête avant de repartir dans l'autre sens, et elle bouge à toute vitesse au milieu. Sur une plage plate, où la mer se retire de trois ou quatre cents mètres, ces deux heures centrales sont exactement celles où l'eau arrive ou s'en va sous tes pieds.
Cette règle est une approximation de marin, pas une prédiction du SHOM. Elle suppose une marée symétrique de six heures et une courbe sinusoïdale. En estuaire, en baie fermée ou par petits fonds, la marée se déforme, le flot et le jusant, la montante et la descendante, n'ont plus la même durée, et la règle décroche. Elle reste utile pour estimer, jamais pour décider seul.
Cinq effets de la marée sur une session, du courant à la marche du retour
La fenêtre d'abord. Sur une plage à faible pente, la plupart de nos fiches recommandent la mi-marée montante : assez d'eau pour naviguer, obstacles encore couverts, et un plan d'eau qui se remplit derrière toi plutôt que de se vider. C'est le cas à Barbâtre, où l'eau se retire de trois à quatre cents mètres et où la fiche va jusqu'à donner le décalage quotidien des pleines mers, environ cinquante minutes par jour.
Le courant ensuite. Un marnage est un volume d'eau qui se déplace. Plus le coefficient monte, plus le courant est fort, et il ne se voit pas depuis la plage. Dans une passe, une embouchure ou une ria comme celle d'Étel, il peut dépasser ta capacité à remonter au vent.
Le clapotDes petites vagues courtes et désordonnées, qui secouent la planche sans jamais déferler. de vent contre courant est l'effet le plus mal anticipé. Quand le vent souffle contre le sens du courant, la mer se lève, se raccourcit et devient dure. Le même spot, même vent, même coefficient, sera lisse au flot et hachée au jusant, ou l'inverse. Ça ne se lit sur aucune application, ça se demande sur place.
Les dangers qui se découvrent, ensuite. Les pieux, les bouchots, les roches, les épis. À marée haute ils sont sous l'eau, à marée basse ils sont visibles, et entre les deux ils sont juste sous la surface. C'est la configuration la plus dangereuse, et c'est pour ça que nos fiches insistent pour aller repérer un spot à marée basse avant d'y naviguer la première fois.
Et la marche du retour. Sur une plage à faible pente, rentrer au jusant, c'est finir à pied avec le matériel sur trois cents mètres de sable mou.
Les jours de dépression, il y a plus d'eau que la table n'annonce
Une table de marée est une prédiction astronomique. Elle calcule ce que feraient la Lune et le Soleil sur une mer au repos. La météo, elle, ajoute sa part, en plus ou en moins, et le SHOM lui donne un nom : la surcote et la décote.
Le mécanisme principal est le baromètre inverse : la mer s'affaisse sous une atmosphère lourde et se soulève sous une atmosphère légère. L'ordre de grandeur donné par le SHOM est simple à retenir, 1 hectopascal de moins égale environ 1 centimètre d'eau en plus. Une dépression à 980 hPa, soit 33 hPa sous la pression moyenne de 1 013, soulève le plan d'eau d'une trentaine de centimètres.
Ajoute le vent, qui pousse et accumule l'eau à la côte quand il souffle du large, et tu obtiens des écarts qui comptent sur une plage plate : trente ou quarante centimètres de plus, c'est plusieurs dizaines de mètres de sable en moins.
Les jours de forte dépression, ceux où il y a du vent, sont aussi ceux où il y a plus d'eau que prévu. Et à l'inverse, un anticyclone bien installé donne moins d'eau que la table ne l'annonce, ce qui est un piège classique de la brise thermiqueLe vent qui se lève l’après-midi quand la terre chauffe plus vite que la mer, et qui retombe le soir. d'été.
Les plus forts coefficients de 2026 sont ceux d'août, pas ceux de l'équinoxe
Le prochain épisode de vives-eaux à Brest tombe du 27 au 29 septembre 2026, avec des coefficients jusqu'à 99, juste après l'équinoxe d'automne. Le suivant est autour des 10 et 11 octobre, à 95.
On répète que les plus grandes marées de l'année sont celles des équinoxes. La convention vient bien de là, puisque le coefficient 100 est calé sur les vives-eaux qui suivent la syzygie d'équinoxe. La convention n'est pas le calendrier. En 2026, les plus forts coefficients de l'année à Brest sont ceux du milieu du mois d'août, à 102, et la première vive-eau qui suive vraiment l'équinoxe d'automne, celle de fin septembre, plafonne à 99. L'équinoxe donne la référence, pas le record.
Aucune table ne dira où est le pieu
Une table de marée à jour pour ton port. Le SHOM publie les prédictions officielles, et les services grand public en dérivent : vérifie que celui que tu utilises cite bien sa source et sa licence.
Et une reconnaissance à marée basse avant la première session sur un spot inconnu. Aucune table ne te dira où est le pieu.
Pour le reste, la marée se lit exactement comme le vent : en croisant une prévision avec un terrain. Nous avons consacré un article à l'autre moitié de l'exercice, lire une prévision de vent.
Vous nous demandez souvent.
Que veut dire le coefficient de marée ?
Le coefficient est-il le même partout en France ?
Qu'est-ce que la règle des douzièmes ?
À quelle marée faut-il naviguer en kitesurf ?
Un fort coefficient est-il dangereux ?
Pourquoi la mer est-elle parfois plus haute que ce qu'annonce la table ?
Y a-t-il de la marée en Méditerranée ?
Les plus grandes marées ont-elles lieu aux équinoxes ?
Dernière mise à jour le 15 septembre 2026
Sources
- SHOM, fiche technique « Prédiction de marée », mai 2024
- SHOM, fiche technique « Surcotes », février 2024
- SHOM, portail des horaires de marée
- Planet-Terre, ENS de Lyon, le Mont-Saint-Michel et sa baie au rythme des marées
- Coefficients de marée à Brest pour 2026, d'après les prédictions officielles du SHOM
- Couverture : TXGemGem, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
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